Mesdames, Messieurs, chers Collègues,
Les retraités agricoles sont venus nombreux aujourd’hui 22 septembre 2006 à Bergerac manifester leur indignation et leur colère. Avec des montants de pension de retraite très faibles qui n’atteignent dans le meilleur des cas et, pour un couple de retraités agricoles sur quatre, que 1.000 € mensuellement alors que des charges incontournables comme les assurances (bâtiments et voiture), la complémentaire maladie, les frais liés à l’habitation (chauffage, électricité, téléphone, eau), l’entretien et le renouvellement des appareils ménagers et de la voiture s’élèvent à 800 €. Ce qui revient à dire qu’il ne leur reste que 6 € à deux, soit 3 € chacun pour se nourrir et s’habiller et... pour le muguet du 1er mai ou la Saint-Valentin ! Et que dire de la situation des couples qui, pour avoir travaillé et cotisé quelque temps dans d’autres régimes n’ont pas vu leur situation revalorisée pour "leur période agriculture" et qui perçoivent seulement aux alentours de 800 € ! Je ne parlerai pas des autres, personnes seules (veufs ou veuves) qui, aides familiaux, ne perçoivent que 500 € chaque mois alors que leurs dépenses sont quasiment les mêmes que celles des couples...
C’est un véritable scandale ! D’autant que ces citoyennes et citoyens n’ont jamais ménagé leurs efforts durant leurs longues et dures journées de travail, ni refusé de payer sur leur revenu des lourdes cotisations. Oui, je le répète, se retrouver à la retraite dans la plus grande précarité est un véritable scandale ! C’est évident et chacun le sait, nous avons un système de retraite qui n’est plus adapté à la société actuelle ! La mobilité du travail fait que la solidarité entre les générations engendre entre les régimes des disparités importantes, les jeunes se tournant, et on les comprend, vers des métiers moins contraignants et mieux rémunérés que ne l’ont été le nôtre. Pour l’agriculture, la baisse du revenu de l’exploitant entraîne inéluctablement les jeunes à partir travailler ailleurs, provoquant ainsi une énorme érosion du nombre des actifs et donc des cotisants. Il faut savoir que 90% des enfants d’agriculteurs cotisent dans d’autres régimes et plus pour couvrir le retraite de leurs anciens. D’où le déséquilibre du financement pour les retraites, les compensations n’étant pas à la hauteur de la perte.
Conclusion : vu la modicité des pensions de leurs aînés, ces travailleurs sont contraints de payer une deuxième fois, lorsque malheureusement l’état de santé de leurs anciens se dégrade et nécessite l’hébergement en établissement médicalisé dont le prix est, vous le savez, quatre à cinq fois supérieur au seul montant des pensions de retraite.
Chers compatriotes, c’est tout cela que nous sommes aujourd’hui venus dénoncer un fois encore. Depuis plus de vingt ans, nous alertons régulièrement nos élus et ils sont nombreux, toutes tendances politiques confondues, à soutenir nos légitimes revendications. Mais, dès qu’il s’agit de mettre en application une promesse ou un engagement, les différents gouvernements, de droite ou de gauche, qui se succèdent au pouvoir, invoquent sans cesse les difficultés budgétaires pour ne pas y donner suite. Le gouvernement de Villepin ne déroge pas à la règle prenant même une avance en la matière. Il a fallu attendre 2006 pour voir quelques 15.000 mères des famille bénéficier de la prise en compte dans leur carrière agricole des années affiliées au régime général pour avoir eu des enfants scolarisés pendant certaines périodes. C’est toujours intéressant pour les gens concernés mais, sur un plan général, pour les 1 million et 800.000 retraités que nous sommes, c’est une goutte d’eau dans un grand océan !
En 2006, la mission parlementaire de recherche de financement pour le F.F.I.P.S.A confié à Messieurs Yves CENSI, Daniel GARRIGUE et LE FUR a abouti à l’élaboration d’un pré-projet paru en Juillet et prenant en compte, partiellement du moins, le rapport élaboré par le groupe de travail au Ministère de l’Agriculture en 2004. Deux ans après, le voilà enfin ressorti. Ce rapport a des effets positifs sur les minorations exécrables du décret Vasseur de 1997 et permet l’ouverture de droits à revalorisation pour tous les régimes confondus aux retraités d’avant 2002 à partir de 17 années 1/2 de carrière agricole. Cependant, nous n’étions pas d’accord sur la durée de l’échelonnement et nous l’avions fait savoir par un courrier daté du 3 août en signalant la possibilité de financement sur une seule année. Dans la loi de la R.C.O. de mars 2002, il était prévu que tous les ans, en janvier, devait se réunir une commission de suivi afin d’examiner le résultat de l’exercice précédent et d’étendre éventuellement le bénéfice en faveur des conjoints et des aides familiaux. L’A.N.R.A.F. n’a pas eu connaissance des travaux de cette commission et c’est bien regrettable ! Nous avons présenté des propositions de financement pérennes axées sur l’énorme chiffre d’affaires réalisé par l’industrie agro-alimentaire et les grandes surfaces, ce qui aurait été un juste retour des choses et aurait un peu compensé les prix bas payés aux agriculteurs producteurs.
La balle est dans le camp du gouvernement. Nous lui demandons de prendre d’urgence les mesures nécessaires à l’application des engagements pris par le Chef de l’Etat dans son discours de 1998 à Aurillac : " les plus âgés des agriculteurs qui ont consacré tant d’efforts et d’énergie au travail de la terre ont droit à des pensions décentes de même niveau que celui des autres professions "... Nous serons vigilants et suivrons pour notre part avec la plus grande attention les débats et les votes du budget de la Sécurité Sociale à l’Assemblée Nationale. Tout en sachant bien qu’un vieux paysan ça ne peut plus marcher mais ça peut encore voter.
Mesdames, Messieurs, je vous remercie.
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