Il est temps d'en finir avec toutes ces affirmations sans fondement qui ont la prétention de justifier la faiblesse des retraites agricoles.
Au mois de Novembre de l'année derniére les organismes de protection sociale de notre département fêtaient les 60 ans de la Sécurité Sociale. Tour à tour, les présidents et directeurs
intervenaient et chaque intervention se terminait par un : Avez vous des questions à poser ?
Il n'y en pas eu... A la fin de la derniére intervention, celle des représentants de la MSA, j'en posai une : "Trouvez-vous normal, qu'a durée de cotisations égale, une agricultrice touche
six fois moins de retraite que pour le temps où elle était salariée ?"
Un formidable tollé fut la réponse. Quelqu'un se leva : je connais l'histoire, les agriculteurs étaient contre... Un autre dit : les agriculteurs n'ont jamais voulu payer". J'ajoutai d'une voie
forte : "Que ceux qui prétendent que les agriculteurs étaient contre m'en apportent les preuves". Ces preuves je les attends encore...
Les agriculteurs sont la seule catégorie sociale à qui la société ne reconnait pas le droit de gagner de l'argent, ni de bénéficier de retraites décentes. C'est une survivance viscérale datant de
l'époque féodale ! Dès que l'on aborde le sujet des retraites, les réactions sont instantanées : "les retraités étaient contre !
Depuis que nous sommes en démocratie, il y a eu toujours des gens qui étaient contre n'importe quoi et cela continue, de cela nous avons la démonstration tous les jours. Mais ceux qui
en agriculture étaient contre la mise en place d'une protection sociale n'ont jamais été majoritaires. Et ceux qui prétendent que les agriculteurs étaient..., qu'est ce qu'ils en savent ?
Souvent ils n'étaient même pas nés. Si on leur demandait d'apporter les preuves de ce qu'ils avancent, ils seraient bien embarrassés...
Un historien prétend que les agriculteurs furent exclus. Je cite "22 Mai 1945, une loi généralise la Sécurité Sociale, en l'étendant aux fonctionnaires et à tous les travailleurs. Mais les
commerçants et les agriculteurs sont encore exclus".
Ceux qui étaient réellement contre la mise en place d'une protection sociale unique, universelle, c'étaient ceux qui ne voulaient pas perdre leurs privilèles acquis.
D'autres prétendent que les retraites agricoles sont faibles, parce que le régime agricole a été mis en place après les autres : les cotisations sont obligatoires depuis 1952. Le fait
que le régime a été mis en place 6 ans aprés les autres ne peut plus avoir beaucoup d'incidence 54 ans plus tard.
D'autres prétendent que les cotisations étaient faibles, mais avant 1990, ni les prix agricoles, ni les montants des cotisations étaient libres, ils étaient fixés par des gouvernements qui,
obsédés par le poids du "panier de la ménagére", pratiquaient la compression systématique des prix et donc du revenu, il aurait suffi de doubler le revenu agricole pour que les agriculteurs
paient le double.
Les agriculteurs et agricultrices ont payé ce qui leur était imposé de payer, ils n'avaient qu'un choix, payer ou être saisi.
D'autres prétendent que les agriculteurs ne cotisaient pas assez, du fait du calcul du montant des cotisations sur le revenu cadastral. Le revenu cadastral est un revenu théorique calculé
en fonction d'un classement des terres agricoles suivant leurs qualités agronomiques, et de divers autres critéres permettant de corriger des facteurs régionaux et en particulier les
montants des fermages, qui étaient fonction de la concurrence entre agriculteurs.
On peut penser que les agriculteurs les plus dynamiques générant de gros chiffres d'affaires(ce qui n'est pas forcément synonyme de gros bénéfices) auraient dû payer plus. Rien ne prouve qu'au
niveau des retraites cela les ait favorisés.
En 1990, lorsqu'a été mis en place le calcul des cotisations sociales agricoles sur les mêmes bases que pour les autres catégories de travailleurs, le montant total des cotisations des
agriculteurs a baissé : en gros, un tiers payaient plus qu'avant, un autre tiers moins et pour le reste peu de changement.
Globalement le calcul sur le revenu cadastal défavorisait les agriculteurs, mais puisque maintenant les cotisations sont basées sur le revenu réel, il suffirait de doubler le revenu
agricole pour que les agriculteurs paient le double.
Mais en 1990 ils furent mis dans le droit commun pour le calcul des cotisations, ils ne le furent pas pour le montant des retraites, ni pour les conditions d'attribution ce qui, pourtant aurait
dû être fait, puisque nous sommes dans un système de retraite par répartition. Rien que le fait que les retraites des agriculteurs étaient calculées sur la totalité de la carriére alors
quelles l'étaient sur les 10 meilleures années pour les salariés pouvait faire qu'a cotisation sur les mêmes bases, un salarié aurait pu toucher 70% de plus qu'un agriculteur.
Ayant participé à l'effort commun autant, sinon plus, que n'importe quelle autre catégorie de travailleurs, et ayant élevé proportionnellement autant d'enfants qui sont des cotisants
d'aujourd'hui, que n'importe quelle autre catégorie, les retraites agricoles doivent êtres amenées, sans attendre, au même niveau que celles des autres professions.
PIERRE BLOT (INDRE)
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