Suzanne MITATY a été agricultrice et au travers de quelques-uns de ses
propos, nous pointons dans ce cri du coeur le drame vécu par une grande majorité de celles qui se retrouvent à la retraite et qui ont à affronter une pénibilité sans nom. Une confession qui fait
réfléchir sur la difficile condition des femmes agricultrices...
Avoir été agricultrice ne nous a pas offert une situation enviable au niveau social... et
nous percevons une retraite bien inférieure au minimum vieillesse car ce ne sont pas les augmentations des petites retraites qui ont amélioré notre sort... Notre résignation en est la cause !
Surmenées par le travail, celui de la ferme, les enfants... nous avons laissé faire. Mais je voudrais vous dire, à vous les hommes et à vous, nos maris qui êtes plus préoccupés par les
difficultés économiques de nos exploitations que par le devenir de vos épouses qu'il faut que vous partagiez cette responsabilité ! Lorsque, pour nombre d'entre nous malheureusement devenues
veuves, tout en élevant nos enfants, nous avons assuré la bonne marche de l'exploitation pour les remettre à nos successeurs... nos carrières incoomplètes se sont trouvées très fortement
minorées par les effets de la loi VASSEUR. Nous sommes les seules travailleuses à qui nos hommes et nos femmes politiques ne reconnaissent aucun droit au fruit de leur travail ! Vous pouvez
voir sur les pièces jaunes une agricultrice au travail mais les retraites convenables sont pour d'autres !
Grande est notre amertume lorsque nous comparons les retraites que nous offrent nos années de salariées avec celles acquises en tant qu'agricultrices ! Pourtant, notre travail de salariée n'était
pas plus important pour la collectivité que notre travail d'agricultrice ! Nous avons mis au monde et élevé des enfants qui, ayant quitté la terre, travaillent dans d'autres secteurs d'activité
et qui, par leurs cotisations, payent à d'autres des retraites dont les montants n'ont rien à voir avec les nôtres. La justice la plus élémentaire serait que nous bénéficions de la juste part de
ce qui est payé par nos enfants !... En voyant comment ont été traitées leurs mères, les filles partent travailler ailleurs. Les garçons qui veulent devenir agriculteurs et ceux qui se sont
installés seuls sachent bien qu'ils risquent fort de rester célibataire !
... Vous, nos maris, qui par reconnaissance nous soutenez dans ce combat pour l'égalité entre hommes et femmes, merci du fond du coeur ! Nous avons vécu ensemble les satisfactions de bonnes
années et subi ensemble les mauvaises, c'est ensemble que nous gagnerons le combat pour l'égalité des droits entre hommes et femmes... Pour qu'ensemble, nous, agriculteurs et
agricultrices retraités, nous soyons enfin traités comme les autres.
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